Santé 2022 : la dynamite Macron

La seule question qui vaille c’est : le plan santé du Président de la République enrayera-t-il le sentiment de déclin du système de santé ressenti par les Français. Rien n’est moins sûr tant les sédiments sont incrustés alors que les dépenses de santé s’élèvent à 200 milliards d’euros sans pour autant apporter des résultats satisfaisants. Pourtant les ingrédients sont là.

Comment en est-on arrivé là ? Le constat est bien connu : difficultés d’accès aux soins, prévention en jachère, qualité des soins en question, gaspillage vilipendé, patients perdus, professionnels de santé de ville, à l’hôpital ou en Ehpad harassés ou désillusionnés pour nombre d’entre eux.

Pourtant les réformes ont été nombreuses depuis plus de vingt ans. Certaines audacieuses comme la création des agences régionales de santé, d’autres malencontreuses comme la limitation drastique du nombre des étudiants en médecine. Le retour à l’équilibre des comptes de la Sécu après un déficit de 28  milliards d’euros en 2010 s’est fait au pas de charge, durement, sans réformes de fond, de structure.

54 mesures ponctuelles éparpillées

Aujourd’hui, le Plan santé du gouvernement parait bien éparpillé avec ses 54 mesures ponctuelles. Mais c’est peut-être justement là que résident les chances de succès. Les pouvoirs publics ont dynamité le système de santé en mille endroits pour le faire sortir de sa gangue qui le paralyse en silos et corporatismes. L’objectif est de casser les cloisons pour favoriser un travail en équipe collaboratif que nécessitent les pathologies chroniques en forte croissance et dont ont besoin les patients pour s’y retrouver dans le parcours de soins.

Des médecins libéraux  vont travailler dans les hôpitaux de proximité, des médecins salariés de l’hôpital en ville. Des forfaits vont remplacer le paiement à l’acte en ville. La tarification à l’activité à l’hôpital va voir son impact réduit et être associé à une augmentation des fonds pour la qualité pour « sortir d’un système qui favorise la course à l’acte » comme l’a martelé le Président de la République. Une nouvelle organisation en communautés de professionnels de proximité va être fortement incitée, pour en particulier désengorger les urgences hospitalières. Des assistants médicaux dans les cabinets de ville « autant qu’il en faudra » vont soulager les praticiens des charges administratives et surtout guider les patients pour une prise en charge plus coordonnée. Des super infirmières « en pratique avancée » vont donner corps à l’objectif de délégation de tâches. Les patients vont faire part de leur expérience de soin via des indicateurs qui seront rendus publics. Des systèmes d’information et des outils numériques performants ne doivent plus être « une arlésienne » s’est moqué Emmanuel Macron, pour qui il faut une « mise à jour radicale de l’architecture numérique » qui passe par « une structuration forte et resserrée dotée d’un bras armé effecteur» de l’État comme le recommandent les experts.  Sans oublier la généralisation de la téléconsultation qui change les principes même de la médecine et du dossier médical partagé à partir du 8 novembre prochain. 

Une multitude de petites bombes

Ainsi, il ne s’agit pas d’une grande réforme « structurante » mais d’une multitude de petites bombes placées ici et là pour casser les rigidités sur lesquelles se sont fracassées les réformes précédentes.

La démarche est pour le coup originale, mais cela suffira-t-il ? Les expérimentations* pour une meilleure prise en charge des personnes âgées par une coordination renforcée des professionnels et dont les données intermédiaires viennent d’être rendues publiques sont à cet égard édifiantes. Lancées par Roselyne Bachelot, améliorées par Marisol Touraine et poursuivies par Agnes Buzyn, elles montrent des résultats globaux franchement décevants mais des singularités exceptionnelles. Elles soulignent ainsi la difficulté de mobiliser tout un ensemble de professionnels qui n’ont ni l’habitude de travailler ensemble ni la formation adéquate. D’où l’importance du leadership de quelques-uns pour entrainer, de l’intérêt à agir pour tous et de l’attention de chaque instant des pouvoirs publics pour maintenir le cap et accompagner cette révolution des pratiques tout en cassant les codes.

L’implication emblématique du Président de la République est un atout.

 

*Expérimentations PAERPA : Personnes âgées en risque de perte d’autonomie. Les 75 ans et plus paient un lourd tribut à la désorganisation du système de santé.

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