Qualité et pertinence des soins : c’est pas gagné

La qualité et la pertinence des soins sont la mère des batailles pour transformer le système de santé. C’est une évidence. Viser juste, c’est bon pour le patient, audacieux pour le professionnel et aussi salutaire pour les comptes. Les pouvoirs publics ne s’y sont pas trompés et ont commandé un rapport en amont du Plan « Ma santé 2022 ». Hélas, celui-ci n’a pas réussi sa synthèse. Trois voix s’y expriment, en parallèle, en silos, ce qui n’augure rien de bon quant à l’efficacité de la démarche.

Agnès Buzyn, ministre des solidarités et de la santé, a fait de la qualité et de la pertinence des soins, dès son arrivée au ministère de la Santé en mai 2017, l’une de ses principales priorités et son leitmotiv. Des marges de progrès, en France comme dans les autres pays comparables, sont importantes.

Le rapport « Inscrire la qualité et la pertinence au cœur des organisations et des pratiques » confié à trois « pilotes » de renom et d’horizons différents et donc complémentaires pouvait laisser penser qu’il en résulterait une vision et un début de préconisations hardies pour avancer. Qu’à trois, ils pourraient dégager un consensus sur la meilleure manière d’aborder ce sujet complexe aux multiples paramètres. Mais en fait contrairement aux autres rapports en amont de « Ma Santé 2022 » endossés conjointement par les « pilotes », celui-ci donne lieu à trois exposés distincts manifestement non concertés. Certes, chacun est en soi judicieux et passionnant mais cette juxtaposition est dommageable, justement là où seraient nécessaires un constat et un plan commun d’action reposant sur l’énoncer de priorités.

La présidente de la Haute Autorité de santé, Dominique Le Guludec, insiste sur son « engagement total » et décrit par le menu sa stratégie pour « mettre en place en 2018 et systématiser à partir de 2019 des indicateurs de qualité des parcours sur dix pathologies chroniques parmi les plus fréquentes » en commençant par la BPCO et pour « renforcer la confiance des usagers en mesurant systématiquement leur satisfaction au décours d’une prise en charge ». Ceci aura un « impact financier fort », des renforts de moyens sont nécessaires précise la Présidente.

Alain-Michel Ceretti, Président de France Assos santé, quant à lui focalise son propos sur la nécessité de « rendre accessible aux usagers l’information sur la qualité et la sécurité des soins » pour « qu’ils puissent « choisir l’établissement ou le professionnel de santé le plus adapté à leurs attentes et leurs besoins ». Il déplore que l’information officielle soit fragmentée, hospitalo-centrée, produite et diffusée à l’échelle d’un établissement et enfin reposant surtout sur des indicateurs de moyens et non de résultats contrairement à d’autres pays européens. Pas non plus en France de données sur l’amélioration rapportée par le malade de son état de santé à la suite d’un épisode de soins ou tout au long d’un parcours. Reprenant le travail de l’OCDE sur ce dernier point, il recommande la création d’une plateforme « unique et intégrée » d’informations sur la qualité et la sécurité des soins, première brique « d’un service interactif d’orientation et d’évaluation de son parcours de soins ». Étonnement le coût financier de cette mesure est jugé « modéré », peut être pour ne pas effrayer les pouvoirs publics.

Olivier Lyon-Caen, Médecin conseil national de la Caisse nationale de l’Assurance maladie, pour sa part, insiste d’entrée de jeu sur l’importance d’impliquer les professionnels de santé. Deux projets d’expérimentation sont décrits, l’un avec les cardiologues sur l’insuffisance cardiaque, l’autre avec les rhumatologues sur l’ostéoporose, les deux avec les médecins généralistes. Les propositions se veulent « pratiques, pragmatiques, opérationnelles ». Elles pourront être « suivies et évaluées grâce à des indicateurs aisément accessibles permettant d’en mesurer les effets et donc aussi de favoriser l’appropriation de la démarche ». Ces projets doivent encore être présentés aux usagers, à la médecine de ville ou hospitalière, aux paramédicaux, responsables d’établissement, économistes de la santé, experts  éthiques, aux ordres professionnels … cela fait beaucoup de monde.

Ces trois propos sont complémentaires et fort intéressants. Ils montrent la diversité des approches. Mais celles-ci devront un jour ou l‘autre – le plus tôt sera le mieux - s’inscrivent dans une stratégie pragmatique d’action. Il manque une nouvelle fois et pour le moment un chef d’orchestre. Cela doit-il être l’État, l’Assurance Maladie ou une Haute Autorité comme la HAS ? Il est souvent reproché aux professionnels de santé de travailler en silos, de ne pas assez coopérer en équipe de manière coordonnée. Manifestement ce constat ne concerne pas qu’eux.

 

 

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