La e-santé, pour quoi faire !

La e-santé a explosé. Grâce à la pandémie Covid-19, elle est entrée dans les usages. Surtout la téléconsultation. Cet acquis est considérable. Un bond en avant s’est opéré. Mais qu’en feront les professionnels, les patients et les citoyens ? La question est d’importance. Car s’agit-il de rajouter une couche au millefeuille des prises en charge ou bien est-ce une opportunité pour combler les insuffisances et failles du système de santé que justement le coronavirus a mis sur le devant de la scène.

La e-santé va révolutionner la médecine, c’est entendu et le mouvement prend de la vitesse. La numérique ici comme ailleurs peut structurer un secteur ou à l‘inverse le déstructurer. Chacun en est bien conscient. En santé, les difficultés sont bien connues et aujourd’hui plus largement partagées : déserts médicaux et accès aux soins, inégalités de santé, prévention, coordination des soins, suivi et anticipation des décompensations des pathologies chroniques en forte croissance, vieillissement de la population et dépendance, repérage des populations fragiles, responsabilité populationnelle sur un territoire, implication du public, prospective, etc. La e-santé doit-elle se développer pour elle-même, parce que c’est bien, c’est le sens du progrès ou bien doit-elle répondre à des objectifs franchement explicités en impliquant tous les acteurs.

Beaucoup d’énergie

Les pouvoirs publics via l’agence du numérique en santé et la délégation ministérielle du numérique en santé dégagent beaucoup d’énergie pour « accélérer le virage numérique en santé » et mettre à disposition des opérateurs une feuille de route claire avec cinq grandes orientations : renforcer la gouvernance du numérique en santé, intensifier la sécurité et l’interopérabilité des systèmes d’information en santé, accélérer le déploiement des services numériques socles, déployer au niveau national des plateformes numériques de santé et soutenir l’innovation et favoriser l’engagement des acteurs. Reste qu’il manque une vision fortement affichée pour inscrire la e-santé dans la résolution des maux actuels que la crise sanitaire rend d’une forte acuité, ne serait-ce que l’organisation des tests PCR du Covid et leurs résultats qu’une application aurait dû rendre plus efficace. Même si, par exemple, Covidom (télésuivi à domicile de patients Covid) ou en encore SI-DEP (plateforme sécurisée où sont systématiquement enregistrés les résultats des laboratoires de tests COVID-19 pour prendre en charge tous les cas positifs) sont des réussites.

Quelle finalité

La e-santé au-delà de ses objectifs techniques (coordination, partage de l’information, etc.) gagnerait à se voir défini sa propre finalité au regard des déficiences actuelles. Pour participer au débat un (petit) livre* remarquable donne les clés de la problématique. L’introduction décrit « à quoi ressemblera notre santé de santé en 2030 » grâce à la e-santé si l’on ne se perd pas dans les méandres d’ici là. Sorti juste avant que la crise sanitaire n’éclate (en février 2020), le livre alerte d’entrée de jeu sur l’épée de Damoclès sanitaire que constitue le risque « d’une maladie qui se transmet de l’animal à l’homme, comme les coronavirus ou Ebola. » Prémonitoire. Ensuite sont discutés les grands thèmes de la E santé, de la télé santé à l’intelligence artificielle et les données de santé, en démythifiant les craintes et en clarifiant les objectifs de santé publique qui devraient être intégrés à tout projet ou politique de e-santé.

*La e-santé en question(s) Olivier Babinet, Corinne Isnard Bagnis. 137 pages. Hygée Editions

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