Élysée 2022 – UN AUTRE REGARD SUR L’HOPITAL … AUSSI POUR LES POLITIQUES

BrefSanté. L’hôpital est en crise. Manque de moyens. Manque de soignants. Manque de sens. Et si, aussi, le management était en cause ? Propos provocateurs ? Irresponsables ? Non, analyse très étayée, qui si elle était niée priverait les établissements d’un atout essentiel.

Au décours d’un « Voyage au cœur du système de santé » * et le recueil de « 100 témoignages pour apprendre à gérer avec la crise » et après celle-ci, Hervé Dumez et Étienne Minvielle livrent ici un plaidoyer fort et convaincant. D’entrée de jeu, ils reconnaissent que « la gestion et le management ont mauvaise presse dans le système de santé, qu’ils sont associés au verrouillage des coûts et à la contrainte financière. » Alors que justement un  service hospitalier ne remplit sa mission  que s’il est bien géré. « Qualité des soins et qualité de vie au travail et maitrise des coûts ne sont pas forcément antinomiques lorsqu’ils relèvent d’un management de proximité, centré autour du meilleur parcours de soins pour le patient. » La clé qui fait aujourd’hui cruellement défaut, ce sont des compétences pratiques sur la coordination, le travail d’équipe et l’innovation.

Passionnante est la première partie, faite des témoignages des acteurs et la vision de ceux-ci sur la gestion de la crise, au cours des trois premières vagues. Directe, sans emphase. Qui a pris le pouvoir ?

Les enseignements  d’une gestion de crise sont détaillés dans la deuxième partie. Comment avoir les capacités de réaction à l’inattendu ? Car une crise anticipée … n’est pas une crise, par définition.

Bien sûr, c’est la troisième partie qui est le plus décisive car sont analysées les orientations pour demain. Le mot « performance » n’est pas tabou. Celle-ci repose sur la réalisation d’objectifs spécifiques, l’ouverture vers l’extérieur, les processus internes et les relations humaines. Le mot « autonomie » ne l’est pas non plus. A contrario d’un discours ambiant, le plus important ce sont « les changements dans les attitudes individuelles et collectives, plus que les transformations structurelles. » Ces dernières étant une « forme de paresse de la pensée managériale » Là est l’enjeu. Avec trois axes : l’affaissement des hiérarchies, ne pas oublier le patient, concilier expertise et ouverture vers l’extérieur.

Ce travail par l’élargissement de l’angle de vue sur l’hôpital, refusant un abord réducteur, apporte une pierre à l’édifice de reconstruction à ne pas minorer.

*Voyage au cœur du système de santé – 100 témoignages pour apprendre à gérer avec la crise. Hervé Dumez & Étienne Minvielle. 245 Pages Éditions ESKA

Élysée 2022 – SANTÉ : FAUT-IL IMITER LE DANEMARK

BrefSanté. 19 novembre 2021. Le Danemark a réussi en 15 ans à transformer son système de santé avec semble-t-il un succès assez étonnant, vu de ce côté de la Baltique. Quelles sont les clés de cette réussite ? Sont-elles transposables à la France. En fait, non, sauf une !

Le système de santé danois est très différent du nôtre*. Faisons simple. Le financement est universel et fiscalisé. Les soins sont gratuits. Les régions et les municipalités dont le nombre a été drastiquement réduit ont la responsabilité des soins primaires et secondaires dans un cadre stricte défini par l’État. Les médecins généralistes libéraux qui travaillent en équipes avec des assistantes, infirmières, psychologues, etc.  n’ont pas de liberté d’installation. Les spécialistes exercent à l’hôpital qui essentiellement public et où la gouvernance est partagée. Un seul hôpital universitaire par région. Le numérique en santé est performant. La prévention efficace. Les urgences ne sont pas engorgées car il faut passer par son médecin pour y accéder en dehors des urgences vitales.

Gradué, cohérent et organisé

Faut-il réunir toutes ces conditions pour avoir un système de santé gradué, cohérent, organisé et sans doublon. Non, car le plus important au Danemark dans cette perspective est d’avoir réussi à fédérer sur un territoire toutes les parties prenantes pour résoudre les difficultés d’accès aux soins, de continuité et de coordination, de prévention, etc. Ce sont les municipalités et les régions qui sont à la manœuvre dans le cadre d’accord de santé négociés régulièrement.

En France, sans tout bouleverser ce qui serait vain et illusoire, pourquoi ne pas décider d’une telle organisation contractuelle avec tous les intervenants sur un territoire pour une population donnée. Avec l’obligation de s’entendre. Et ne pas créer et développer d’un côté des CPTS (communauté professionnelle territoriale de santé) pour la ville, d’un autre des GHT pour l’hôpital en laissant de côté les établissements privés et les services médico-sociaux. Et ainsi maintenir les cloisonnements entre les secteurs de santé.

Partir des besoins et non pas des structures

Cela serait mettre à l’endroit la problématique en ne partant pas des structures mais des besoins. Faudrait-il encore bien identifier le pilote. Dans la France jacobine, on pense forcement et par simplicité aux ARS (Agence régionale de santé) mais à condition d’octroyer des compétences santé aux municipalités et aux régions pour les impliquer et les responsabiliser efficacement. La pandémie Covid a montré le chemin.

*Table ronde à SANTEXPO le 8 novembre 2021 dans la cadre de l’ALLIANCE FRANCO-DANOISE DE SANTÉ. « Quelles solutions pour un système de santé efficient et résilient. France-Danemark : des ambitions partagées » avec Michael Starbæk Christensen Ambassadeur du Danemark en France, Kurt ESPERSEN, Directeur Santé de la région Sud au Danemark, Stéphanie RIST, Députée du Loiret et Benoit ELLEBOODE, Directeur général de l’Agence régionale de santé Nouvelle Aquitaine

Réunion du Think Tank Economie Santé avec Anne SMETANA, Responsable santé, Ambassade royal du Danemark en France

Élysée 2022 – RÉCONCILIER « TECHNOSTRUCTURE » ET « PRODUCTEURS DE SOINS »

BrefSanté . 5 novembre 2021. L’objectif-clé du prochain quinquennat sera de réconcilier la « technostructure » et les « producteurs de soins ». Car celui-ci conditionne tous les autres. Mais comment combler ce fossé, sortir de ce faux débat et de ces postures paralysantes ?

Le système de soins et de santé est cloisonné et cela n’est point là l’un de ses moindres défauts. Mais le cloisonnement le plus handicapant est assurément celui entre l’administration et les régulateurs d’un côté et les professionnels de santé de l’autre.

Suradministration, inertie et corporatisme

Les lacunes du système de santé sont bien connues mais les solutions avancées butent sur une sorte d’incompréhension entre, pourrait-on dire, le haut et le bas. Pourtant la « technostructure », terme péjoratif utilisé par les professionnels de santé, n’a pas toujours tort et les « producteurs de santé » se désolant d’être incompris et non écoutés n’ont pas toujours raison. Et inversement ! Mais chacun reste dans son couloir fustigeant soit la suradministration, soit l’inertie et le corporatisme selon le côté où l’on se trouve. Même si au cours des dernières années d’indéniables progrès ont tout de même été obtenus. Mais trop lentement.

Sortir de ce jeu de rôle

Pour sortir de cet état de fait, à un moment où le système craque de partout  et ainsi réconcilier l’État et l’hôpital, l’Assurance maladie et les libéraux et globalement l’administration et les professionnels de santé, une seule solution : déplacer le problème. En identifiant de manière forte, concrète et partagée par une haute autorité indépendante les objectifs à atteindre lors du quinquennat. Et ainsi autour d’objectifs ambitieux forcer les autorités et les professionnels de santé à s’entendre devant l’opinion publique et le Parlement en impliquant les collectivités territoriales. La stratégie nationale de santé désormais tous les cinq ans est plus un exercice de style qu’une feuille de route, verrouillée par l’exécutif.

Quelle autorité indépendante : pourquoi pas la Haute Autorité de santé dont l’un des métiers est de donner des avis. Il est temps de sortir de ce jeu de rôle.

Le candidat qui saura être convaincant sur une telle organisation marquera des points.

Élysée 2022 - LA BATAILLE AMO – AMC AURA BIEN LIEU

BrefSanté. 29 octobre 2021. Cela couvait depuis longtemps. L’articulation entre l’assurance maladie obligatoire (AMO) et les assurances maladie complémentaires (AMC) sera l’un des enjeux majeurs des prochaines élections. Car il ne s’agit de rien de moins que de l’avenir de la santé de chacun via les moyens octroyés à celle-ci. A un moment où les besoins sont immenses et l’argent rare. Mais le débat qui se déploie aujourd’hui n’est pas à la hauteur du défi.

Le double financement du système de santé, d’une telle ampleur, est une spécificité française. L’assurance maladie est largement majoritaire (79,8%). Le Covid a renforcé sa part. L’assurance privée est l’une des plus importante au monde (12,3%). Les avantages sont bien connus. Le reste à charge moyen est minime (6,5%). Les inconvénients aussi. Double frais de gestion pour une même prestation, de l’ordre de 7 milliards pour chacun des deux systèmes, ce qui fait beaucoup au total. Les inégalités persistent. Les vieux, étudiants et chômeurs sont moins bien couverts. Si bien que, de longue date et régulièrement, des voix d’experts ou de politiques appellent à une réforme de fonds. Le tempo aujourd’hui s’accélère avec le rapport du HCAAM de janvier et celui attendu pour fin novembre à la demande d’Olivier Véran pour préciser les conséquences des scénarios évoqués. Sachant que le statu quo n’est pas une option. La Cour des comptes a aussi récemment rappelé que le système actuel était « très protecteur mais peu efficient. »

Pas de statu quo

Une réforme donc s’impose. L’idée d’une « grande Sécu » fait son chemin. Mais nul doute qu’un tel chambardement qui peut être destructeur pour les complémentaires santé ne pourra se faire par une simple décision administrative à quelques mois des élections. Les Mutuelles rappelant qu’une grande Sécu butera toujours sur les dépassements d’honoraires … et donc la rémunération des professionnels de santé et qu’il faudrait mieux combler les trous dans la raquette que de tout chambouler. D’autres insistent, toujours du côté des AMC, sur la nécessité de réserver un espace de liberté aux citoyens face à l’État.

Efficacité, suppression des rentes et attractivité des métiers

En fait, le débat engagé doit aller plus loin. Il est l’occasion d’élargir les perspectives du financement de la santé qui est aujourd’hui inadapté et insuffisant. L’empilement des petites mesures et des rafistolages au cours des années rend le système d’une rare complexité et peu compréhensible. Le temps est venu d’associer les citoyens en rendant lisible les enjeux, quitte à les simplifier. La pandémie a montré la fragilité du système de santé et a suscité un vent de renouveau. On attend désormais des futurs candidats une vision du financement alliant efficacité, suppression des rentes et attractivité des métiers de la santé. Chaque jour apporte son lot désolant de lacunes et carences. Une occasion à ne pas manquer.

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