Élysée 2022 – SANTÉ : FAUT-IL IMITER LE DANEMARK

BrefSanté. Le Danemark a réussi en 15 ans à transformer son système de santé avec semble-t-il un succès assez étonnant, vu de ce côté de la Baltique. Quelles sont les clés de cette réussite ? Sont-elles transposables à la France. En fait, non, sauf une !

Le système de santé danois est très différent du nôtre*. Faisons simple. Le financement est universel et fiscalisé. Les soins sont gratuits. Les régions et les municipalités dont le nombre a été drastiquement réduit ont la responsabilité des soins primaires et secondaires dans un cadre stricte défini par l’État. Les médecins généralistes libéraux qui travaillent en équipes avec des assistantes, infirmières, psychologues, etc.  n’ont pas de liberté d’installation. Les spécialistes exercent à l’hôpital qui essentiellement public et où la gouvernance est partagée. Un seul hôpital universitaire par région. Le numérique en santé est performant. La prévention efficace. Les urgences ne sont pas engorgées car il faut passer par son médecin pour y accéder en dehors des urgences vitales.

Gradué, cohérent et organisé

Faut-il réunir toutes ces conditions pour avoir un système de santé gradué, cohérent, organisé et sans doublon. Non, car le plus important au Danemark dans cette perspective est d’avoir réussi à fédérer sur un territoire toutes les parties prenantes pour résoudre les difficultés d’accès aux soins, de continuité et de coordination, de prévention, etc. Ce sont les municipalités et les régions qui sont à la manœuvre dans le cadre d’accord de santé négociés régulièrement.

En France, sans tout bouleverser ce qui serait vain et illusoire, pourquoi ne pas décider d’une telle organisation contractuelle avec tous les intervenants sur un territoire pour une population donnée. Avec l’obligation de s’entendre. Et ne pas créer et développer d’un côté des CPTS (communauté professionnelle territoriale de santé) pour la ville, d’un autre des GHT pour l’hôpital en laissant de côté les établissements privés et les services médico-sociaux. Et ainsi maintenir les cloisonnements entre les secteurs de santé.

Partir des besoins et non pas des structures

Cela serait mettre à l’endroit la problématique en ne partant pas des structures mais des besoins. Faudrait-il encore bien identifier le pilote. Dans la France jacobine, on pense forcement et par simplicité aux ARS (Agence régionale de santé) mais à condition d’octroyer des compétences santé aux municipalités et aux régions pour les impliquer et les responsabiliser efficacement. La pandémie Covid a montré le chemin.

*Table ronde à SANTEXPO le 8 novembre 2021 dans la cadre de l’ALLIANCE FRANCO-DANOISE DE SANTÉ. « Quelles solutions pour un système de santé efficient et résilient. France-Danemark : des ambitions partagées » avec Michael Starbæk Christensen Ambassadeur du Danemark en France, Kurt ESPERSEN, Directeur Santé de la région Sud au Danemark, Stéphanie RIST, Députée du Loiret et Benoit ELLEBOODE, Directeur général de l’Agence régionale de santé Nouvelle Aquitaine

Réunion du Think Tank Economie Santé avec Anne SMETANA, Responsable santé, Ambassade royal du Danemark en France

Élysée 2022 – RÉCONCILIER « TECHNOSTRUCTURE » ET « PRODUCTEURS DE SOINS »

BrefSanté . 5 novembre 2021. L’objectif-clé du prochain quinquennat sera de réconcilier la « technostructure » et les « producteurs de soins ». Car celui-ci conditionne tous les autres. Mais comment combler ce fossé, sortir de ce faux débat et de ces postures paralysantes ?

Le système de soins et de santé est cloisonné et cela n’est point là l’un de ses moindres défauts. Mais le cloisonnement le plus handicapant est assurément celui entre l’administration et les régulateurs d’un côté et les professionnels de santé de l’autre.

Suradministration, inertie et corporatisme

Les lacunes du système de santé sont bien connues mais les solutions avancées butent sur une sorte d’incompréhension entre, pourrait-on dire, le haut et le bas. Pourtant la « technostructure », terme péjoratif utilisé par les professionnels de santé, n’a pas toujours tort et les « producteurs de santé » se désolant d’être incompris et non écoutés n’ont pas toujours raison. Et inversement ! Mais chacun reste dans son couloir fustigeant soit la suradministration, soit l’inertie et le corporatisme selon le côté où l’on se trouve. Même si au cours des dernières années d’indéniables progrès ont tout de même été obtenus. Mais trop lentement.

Sortir de ce jeu de rôle

Pour sortir de cet état de fait, à un moment où le système craque de partout  et ainsi réconcilier l’État et l’hôpital, l’Assurance maladie et les libéraux et globalement l’administration et les professionnels de santé, une seule solution : déplacer le problème. En identifiant de manière forte, concrète et partagée par une haute autorité indépendante les objectifs à atteindre lors du quinquennat. Et ainsi autour d’objectifs ambitieux forcer les autorités et les professionnels de santé à s’entendre devant l’opinion publique et le Parlement en impliquant les collectivités territoriales. La stratégie nationale de santé désormais tous les cinq ans est plus un exercice de style qu’une feuille de route, verrouillée par l’exécutif.

Quelle autorité indépendante : pourquoi pas la Haute Autorité de santé dont l’un des métiers est de donner des avis. Il est temps de sortir de ce jeu de rôle.

Le candidat qui saura être convaincant sur une telle organisation marquera des points.

Élysée 2022 - LA BATAILLE AMO – AMC AURA BIEN LIEU

BrefSanté. 29 octobre 2021. Cela couvait depuis longtemps. L’articulation entre l’assurance maladie obligatoire (AMO) et les assurances maladie complémentaires (AMC) sera l’un des enjeux majeurs des prochaines élections. Car il ne s’agit de rien de moins que de l’avenir de la santé de chacun via les moyens octroyés à celle-ci. A un moment où les besoins sont immenses et l’argent rare. Mais le débat qui se déploie aujourd’hui n’est pas à la hauteur du défi.

Le double financement du système de santé, d’une telle ampleur, est une spécificité française. L’assurance maladie est largement majoritaire (79,8%). Le Covid a renforcé sa part. L’assurance privée est l’une des plus importante au monde (12,3%). Les avantages sont bien connus. Le reste à charge moyen est minime (6,5%). Les inconvénients aussi. Double frais de gestion pour une même prestation, de l’ordre de 7 milliards pour chacun des deux systèmes, ce qui fait beaucoup au total. Les inégalités persistent. Les vieux, étudiants et chômeurs sont moins bien couverts. Si bien que, de longue date et régulièrement, des voix d’experts ou de politiques appellent à une réforme de fonds. Le tempo aujourd’hui s’accélère avec le rapport du HCAAM de janvier et celui attendu pour fin novembre à la demande d’Olivier Véran pour préciser les conséquences des scénarios évoqués. Sachant que le statu quo n’est pas une option. La Cour des comptes a aussi récemment rappelé que le système actuel était « très protecteur mais peu efficient. »

Pas de statu quo

Une réforme donc s’impose. L’idée d’une « grande Sécu » fait son chemin. Mais nul doute qu’un tel chambardement qui peut être destructeur pour les complémentaires santé ne pourra se faire par une simple décision administrative à quelques mois des élections. Les Mutuelles rappelant qu’une grande Sécu butera toujours sur les dépassements d’honoraires … et donc la rémunération des professionnels de santé et qu’il faudrait mieux combler les trous dans la raquette que de tout chambouler. D’autres insistent, toujours du côté des AMC, sur la nécessité de réserver un espace de liberté aux citoyens face à l’État.

Efficacité, suppression des rentes et attractivité des métiers

En fait, le débat engagé doit aller plus loin. Il est l’occasion d’élargir les perspectives du financement de la santé qui est aujourd’hui inadapté et insuffisant. L’empilement des petites mesures et des rafistolages au cours des années rend le système d’une rare complexité et peu compréhensible. Le temps est venu d’associer les citoyens en rendant lisible les enjeux, quitte à les simplifier. La pandémie a montré la fragilité du système de santé et a suscité un vent de renouveau. On attend désormais des futurs candidats une vision du financement alliant efficacité, suppression des rentes et attractivité des métiers de la santé. Chaque jour apporte son lot désolant de lacunes et carences. Une occasion à ne pas manquer.

Élysée 2022 - DES DIFFICULTÉS EN SANTÉ AUX ARGUMENTS DE CAMPAGNE

BrefSanté. 22 octobre 2021 . Les difficultés et lacunes du système de santé sont nombreuses et bien connues. La santé sera au cœur  de la campagne électorale. Mais de quelle manière ? Comment capter l’opinion publique sur des thèmes complexes ? Et surtout comment apprécier la qualité des programmes ?

Parmi toutes les carences du système de santé, quelles sont celles qui résonnent le plus dans l’esprit des citoyens : prévention, accès aux soins et déserts médicaux, qualité et pertinence, parcours de soins coordonnés, virage ambulatoire et renforcement des soins primaires, relation ville-hôpital et régulation des urgences, attractivité des métiers à l’hôpital et en Ehpad, accès à l’innovation et à des centres experts, errance diagnostique, santé numérique, inégalités de santé, financement suffisant et pérenne ?

De cette liste certes non exclusive, que peut-on tirer comme enseignements pour mobiliser les électeurs dans le but d’apporter des solutions efficaces et durables à ces difficultés anciennes que les gouvernements peinent à résoudre, loi après loi. Ces questions sont diverses, certaines évidentes, d’autres compliquées. Mais cette litanie ne met-elle pas finalement en exergue ce qui manque le plus aujourd’hui à l’organisation de la santé en France : l’accompagnement des patients et citoyens dans le système de santé pour accéder à des soins de qualité et pertinent, adaptés à chacun ; ceux-ci étant guidés et pris en charge par des professionnels de santé respectés et confiants.

Mieux accompagner le citoyen et le patient

Dit ainsi cela peut paraitre simple. C’est en fait d’une effroyable complexité. Mais cet objectif d’un meilleur accompagnement tous azimuts ne devrait-il pas irriguer et structurer les débats sur l’ensemble des réformes, pour les rendre acceptables et efficaces. Et devenir par là-même un engagement fédérateur vis-à-vis des Français, décliné en termes d’organisation. Cela donnerait une meilleure visibilité et une nouvelle et forte impulsion pour conduire les transformations nécessaires et  lever les inerties et freins, le citoyen et le patient étant réellement au centre du dispositif.

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