Élysée 2022 – RETOUR A L’ÉQUILIBRE DE L’ASSURANCE MALADIE, OUI MAIS AVEC DE NOUVELLES RECETTES

BrefSanté. Les besoins de santé sont tellement importants que l’opportunité et la volonté d’un retour à l’équilibre des comptes se posent. Est-ce bien raisonnable ? Est-ce acceptable tant aux yeux de l’Opinion publique que pour les soignants. N’est-ce pas justement la cause de la crise d’hôpital. Cette question risque d’être éludée au cours de la campagne, car elle fait peur. Elle est  pourtant essentielle si l’on veut renforcer le système de santé

Pour le Haut Conseil du financement de la protection sociale, (HCFiPS) qui vient de rendre son rapport* au Premier Ministre la réponse est nette, précise et consensuelle, au sein de ses membres : partenaires sociaux, administratifs et experts. Oui il faut un retour à l’équilibre des comptes sociaux et en particulier de ceux de l’Assurance maladie, qui sont les plus dégradés. Il s’agit de « réaffirmer l’objectif d’équilibre comme cible du pilotage financier » tout en « assurant une meilleure cohérence entre les choix financiers, sanitaires et sociaux. » De nouveaux leviers doivent être actionnés. Tout d’abord renforcer la prévention individuelle et l’anticipation des risques collectifs. Ensuite favoriser une plus grande efficience du système de santé par une meilleure coordination des acteurs.

Quelles nouvelles recettes

Mais cela ne suffira pas. De nouvelles recettes doivent être dégagées, est-il tout aussi précisément avancé.

Car la croissance économique ne suffira pas à résorber la dette et financer les besoins actuels. La « maitrise indispensable des dépenses ne saurait suffire à ramener seule l’Assurance maladie à l’équilibre. »

Car les leviers classiques de régulation (rémunération des soignants et produits de santé) ne peuvent plus être mobilisés.

Car le vieillissement de la population s’accélère. Les 75-84 ans vont augmenter de 50% en seulement dix ans, de 2020 à 2030 et à partir de 2030 les plus 85 ans augmenteront de façon « massive ».

Où trouver l’argent ? La piste de la Cades avec ses 17 milliards annuels pour rembourser la dette et maintenant financer (un peu) la 5 ème branche Autonomie est privilégiée. La moitié – soit 8 à 9 Md€ d’euros - pourrait être affectée à la gestion des comptes courants avance le Président du l’HCFiPS, Dominique Libault, à titre personnel. Pour alléger la dette qui continue de s’accroitre, qui pourrait atteindre  plus de 60 Md€ et qui pompe dans la Cades, le Haut Conseil propose de distinguer la dette non Covid et la dette Covid, cette dernière étant traitée à part, comme celle de l’État par exemple en ne remboursant pour l’instant que les intérêts. Et le Haut Conseil tord le cou à l’argument des prélèvements obligatoires si hauts en France qu’il ne faudrait surtout pas y toucher. C’est plus complexe. Il y a des marges – certes limitées mais réelles - d’action.

Cohésion sociale et action politique

Cette clarification du financement du système de santé est essentielle dans le but de bâtir  une organisation robuste et sur le long terme. La soutenabilité de la Sécurité sociale n’est pas que financière, elle est aussi de facto démocratique. Un pilier de la Cohésion sociale. Le cœur de l’action politique.

* Pour des finances sociales soutenables, adaptées aux nouveaux défis . Haut Conseil du financement de la Protection sociale. Janvier 2022

Élysée 2022 – COMMENT CONCILIER SANTÉ ET LIBERTÉS

BrefSanté. 17 décembre 2021. C’est une question majeure qui se posera de plus en plus aux politiques. La pandémie Covid a remis brutalement sur le devant de la scène un thème ancien en santé publique. La santé peut-elle justifier une atteinte de plus en plus prégnante aux libertés ?

Aurait-on imaginé avant mars 2020 qu’une Loi autorise le Premier ministre, en cas d’urgence sanitaire, à restreindre ou interdire la circulation des personnes et des véhicules, à interdire de sortir du domicile en dehors des déplacements strictement indispensables aux besoins familiaux ou de santé, à ordonner la quarantaine, le placement et de maintien en isolement, la fermeture des établissements recevant du public, à limiter les rassemblements sur la voie publique et les réunions, à réquisitionner les biens et services ou les personnes, s’interrogent in fine Dominique Polton et Jean-Philippe Vinquant dans un récent, passionnant et indispensable ouvrage*. Serions-nous devenus, de fait, « une société du risque zéro qui serait prête à ne plus vivre pour ne pas mourir ? »

Certes, les obligations et interdictions se sont multipliées au cours du temps et le Code de santé publique en collectionne un grand nombre. La tendance est forte. La prévention dont on déplore l’insuffisance en France risque d’en rajouter une couche. Jusqu’à l’excès ? Une réflexion s’impose pour éviter que la corde ne se rompe. Pire, si l’on peut dire, désormais il s’agit de renoncer pour les bien-portants à des libertés pour préserver la santé des autres … parfois très âgés. Liberté individuelle et protection collective !

L’histoire des restrictions est édifiante et mouvementée. Elle remonte au XIVème siècle avec la peste noire et n’a fait que s’amplifier, toujours avec de bonnes intentions mais très rapidement avec de fortes réticences qui couteront chères à la France notamment pendant la Guerre de 1870 au cours de laquelle la variole fera près de 80 fois plus de morts aux armées de ce côté-ci, racontent par le menu les auteurs.

Les questions discutées sont concrètes. La prévention des conduites à risque menace-elle les libertés ? Le Nudge et le markéting social permettront-ils de concilier liberté et santé ? Quelle liberté pour les malades et les personnes vulnérables ou fragiles ?

Document essentiel, facile d’accès qui permettra de nourrir le débat appelé à être « public, ouvert et éclairé pour trouver un compromis conforme aux aspirations de la société entre les libertés individuelles et les enjeux pour la collectivité. »

A offrir pour les fêtes de fin d’année pour nourrir et élever le débat et par pur plaisir

*Santé et libertés : Faut-il choisir ? Dominique Polton. Jean-Philippe Vinquant. Doc’ en poche. Place au débat. La Documentation Française. 165 pages

Élysée 2022 – PREVENTION EN SANTÉ : SORTIR ENFIN DE L’INERTIE

BrefSanté. 10 décembre 2021. Vaut mieux prévenir que guérir. Tout le monde est d’accord. Mais en France, la prévention reste le parent pauvre et s’appauvrit encore en dépit des plans et des stratégies régulièrement proposés. La Cour des comptes y consacre à nouveau un rapport qui impressionne. Le constat est sévère. Les propositions nombreuses. Mais le déclic se fera-t-il cette fois-ci ? On peut en douter à moins que la campagne ne contraigne les candidats à s’engager fermement sur un pilotage clair et lisible, cohérent et coordonné, global et de proximité.

Pour la Cour des comptes, les résultats en termes de prévention en France sont médiocres malgré un effort financier important. Dont la gestion est « foisonnante » et fragmentée ce qui ne permet ni efficacité ni réduction des inégalités sociales et territoriales.

Un peu plus positive, la Cour reconnait que la stratégie de prévention récente est plus volontaire et lisible mais c’est pour mieux l’étriller et souligner l’inefficacité par défaut de pilotage et de mise en œuvre. En outre, sans relai régional et territorial.

Les propositions sont logiques. Agir sur les facteurs de risque, inclure la prévention dans les pratiques professionnelles et utiliser le numérique et surtout les données de santé pour faire évoluer la pratique des politiques de prévention.

Ce rapport est précieux car il rappelle, détaille et met en perspective les leviers pour que la prévention soit enfin efficace en France. Il ne cache pas pour autant les freins qui sont nombreux et bien ancrés : les hésitations politiques, un mode d’exercice professionnel peu favorable, les soi-disant atteintes à la liberté, etc.  Rien n’est donc gagné !

Le Covid et l’Élection présidentielle peuvent être une opportunité. Le Think Tank Économie Santé a choisi la Prevention comme thème de l’année. Il proposera en mars prochain une Reco qui sera très opérationnelle.

La Politique de prévention. Les enseignements tirés de l’analyse de trois grandes pathologies. La Cour des comptes. Novembre 2021 rendu public en décembre 2021

Élysée 2022 – UN AUTRE REGARD SUR L’HOPITAL … AUSSI POUR LES POLITIQUES

BrefSanté. 26 novembre 2021. L’hôpital est en crise. Manque de moyens. Manque de soignants. Manque de sens. Et si, aussi, le management était en cause ? Propos provocateurs ? Irresponsables ? Non, analyse très étayée, qui si elle était niée priverait les établissements d’un atout essentiel.

Au décours d’un « Voyage au cœur du système de santé » * et le recueil de « 100 témoignages pour apprendre à gérer avec la crise » et après celle-ci, Hervé Dumez et Étienne Minvielle livrent ici un plaidoyer fort et convaincant. D’entrée de jeu, ils reconnaissent que « la gestion et le management ont mauvaise presse dans le système de santé, qu’ils sont associés au verrouillage des coûts et à la contrainte financière. » Alors que justement un  service hospitalier ne remplit sa mission  que s’il est bien géré. « Qualité des soins et qualité de vie au travail et maitrise des coûts ne sont pas forcément antinomiques lorsqu’ils relèvent d’un management de proximité, centré autour du meilleur parcours de soins pour le patient. » La clé qui fait aujourd’hui cruellement défaut, ce sont des compétences pratiques sur la coordination, le travail d’équipe et l’innovation.

Passionnante est la première partie, faite des témoignages des acteurs et la vision de ceux-ci sur la gestion de la crise, au cours des trois premières vagues. Directe, sans emphase. Qui a pris le pouvoir ?

Les enseignements  d’une gestion de crise sont détaillés dans la deuxième partie. Comment avoir les capacités de réaction à l’inattendu ? Car une crise anticipée … n’est pas une crise, par définition.

Bien sûr, c’est la troisième partie qui est le plus décisive car sont analysées les orientations pour demain. Le mot « performance » n’est pas tabou. Celle-ci repose sur la réalisation d’objectifs spécifiques, l’ouverture vers l’extérieur, les processus internes et les relations humaines. Le mot « autonomie » ne l’est pas non plus. A contrario d’un discours ambiant, le plus important ce sont « les changements dans les attitudes individuelles et collectives, plus que les transformations structurelles. » Ces dernières étant une « forme de paresse de la pensée managériale » Là est l’enjeu. Avec trois axes : l’affaissement des hiérarchies, ne pas oublier le patient, concilier expertise et ouverture vers l’extérieur.

Ce travail par l’élargissement de l’angle de vue sur l’hôpital, refusant un abord réducteur, apporte une pierre à l’édifice de reconstruction à ne pas minorer.

*Voyage au cœur du système de santé – 100 témoignages pour apprendre à gérer avec la crise. Hervé Dumez & Étienne Minvielle. 245 Pages Éditions ESKA

Élysée 2022 – SANTÉ : FAUT-IL IMITER LE DANEMARK

BrefSanté. 19 novembre 2021. Le Danemark a réussi en 15 ans à transformer son système de santé avec semble-t-il un succès assez étonnant, vu de ce côté de la Baltique. Quelles sont les clés de cette réussite ? Sont-elles transposables à la France. En fait, non, sauf une !

Le système de santé danois est très différent du nôtre*. Faisons simple. Le financement est universel et fiscalisé. Les soins sont gratuits. Les régions et les municipalités dont le nombre a été drastiquement réduit ont la responsabilité des soins primaires et secondaires dans un cadre stricte défini par l’État. Les médecins généralistes libéraux qui travaillent en équipes avec des assistantes, infirmières, psychologues, etc.  n’ont pas de liberté d’installation. Les spécialistes exercent à l’hôpital qui essentiellement public et où la gouvernance est partagée. Un seul hôpital universitaire par région. Le numérique en santé est performant. La prévention efficace. Les urgences ne sont pas engorgées car il faut passer par son médecin pour y accéder en dehors des urgences vitales.

Gradué, cohérent et organisé

Faut-il réunir toutes ces conditions pour avoir un système de santé gradué, cohérent, organisé et sans doublon. Non, car le plus important au Danemark dans cette perspective est d’avoir réussi à fédérer sur un territoire toutes les parties prenantes pour résoudre les difficultés d’accès aux soins, de continuité et de coordination, de prévention, etc. Ce sont les municipalités et les régions qui sont à la manœuvre dans le cadre d’accord de santé négociés régulièrement.

En France, sans tout bouleverser ce qui serait vain et illusoire, pourquoi ne pas décider d’une telle organisation contractuelle avec tous les intervenants sur un territoire pour une population donnée. Avec l’obligation de s’entendre. Et ne pas créer et développer d’un côté des CPTS (communauté professionnelle territoriale de santé) pour la ville, d’un autre des GHT pour l’hôpital en laissant de côté les établissements privés et les services médico-sociaux. Et ainsi maintenir les cloisonnements entre les secteurs de santé.

Partir des besoins et non pas des structures

Cela serait mettre à l’endroit la problématique en ne partant pas des structures mais des besoins. Faudrait-il encore bien identifier le pilote. Dans la France jacobine, on pense forcement et par simplicité aux ARS (Agence régionale de santé) mais à condition d’octroyer des compétences santé aux municipalités et aux régions pour les impliquer et les responsabiliser efficacement. La pandémie Covid a montré le chemin.

*Table ronde à SANTEXPO le 8 novembre 2021 dans la cadre de l’ALLIANCE FRANCO-DANOISE DE SANTÉ. « Quelles solutions pour un système de santé efficient et résilient. France-Danemark : des ambitions partagées » avec Michael Starbæk Christensen Ambassadeur du Danemark en France, Kurt ESPERSEN, Directeur Santé de la région Sud au Danemark, Stéphanie RIST, Députée du Loiret et Benoit ELLEBOODE, Directeur général de l’Agence régionale de santé Nouvelle Aquitaine

Réunion du Think Tank Economie Santé avec Anne SMETANA, Responsable santé, Ambassade royal du Danemark en France

0 commentaire

Aucun commentaire.

Partager
POSTER UN ARTICLE
Les partenaires du
think tank