Élysée 2022 - LA BATAILLE AMO – AMC AURA BIEN LIEU

BrefSanté. Cela couvait depuis longtemps. L’articulation entre l’assurance maladie obligatoire (AMO) et les assurances maladie complémentaires (AMC) sera l’un des enjeux majeurs des prochaines élections. Car il ne s’agit de rien de moins que de l’avenir de la santé de chacun via les moyens octroyés à celle-ci. A un moment où les besoins sont immenses et l’argent rare. Mais le débat qui se déploie aujourd’hui n’est pas à la hauteur du défi.

Le double financement du système de santé, d’une telle ampleur, est une spécificité française. L’assurance maladie est largement majoritaire (79,8%) . Le Covid a renforcé sa part. L’assurance privée est l’une des plus importante au monde (12,3%). Les avantages sont bien connus. Le reste à charge moyen est minime (6,5%). Les inconvénients aussi. Double frais de gestion pour une même prestation, de l’ordre de 7 milliards pour chacun des deux systèmes, ce qui fait beaucoup au total. Les inégalités persistent. Les vieux, étudiants et chômeurs sont moins bien couverts. Si bien que, de longue date et régulièrement, des voix d’experts ou de politiques appellent à une réforme de fonds. Le tempo aujourd’hui s’accélère avec le rapport du HCAAM de janvier et celui attendu pour fin novembre à la demande d’Olivier Véran pour préciser les conséquences des scénarios évoqués. Sachant que le statu quo n’est pas une option. La Cour des comptes a aussi récemment rappelé que le système actuel était « très protecteur mais peu efficient. »

Pas de statu quo

Une réforme donc s’impose. L’idée d’une « grande Sécu » fait son chemin. Mais nul doute qu’un tel chambardement qui peut être destructeur pour les complémentaires santé ne pourra se faire par une simple décision administrative à quelques mois des élections. Les Mutuelles rappelant qu’une grande Sécu butera toujours sur les dépassements d’honoraires … et donc la rémunération des professionnels de santé et qu’il faudrait mieux combler les trous dans la raquette que de tout chambouler. D’autres insistent, toujours du côté des AMC, sur la nécessité de réserver un espace de liberté aux citoyens face à l’État.

Efficacité, suppression des rentes et attractivité des métiers

En fait, le débat engagé doit aller plus loin. Il est l’occasion d’élargir les perspectives du financement de la santé qui est aujourd’hui inadapté et insuffisant. L’empilement des petites mesures et des rafistolages au cours des années rend le système d’une rare complexité et peu compréhensible. Le temps est venu d’associer les citoyens en rendant lisible les enjeux, quitte à les simplifier. La pandémie a montré la fragilité du système de santé et a suscité un vent de renouveau. On attend désormais des futurs candidats une vision du financement alliant efficacité, suppression des rentes et attractivité des métiers de la santé. Chaque jour apporte son lot désolant de lacunes et carences. Une occasion à ne pas manquer.

Élysée 2022 - DES DIFFICULTÉS EN SANTÉ AUX ARGUMENTS DE CAMPAGNE

BrefSanté. 22 octobre 2021 . Les difficultés et lacunes du système de santé sont nombreuses et bien connues. La santé sera au cœur  de la campagne électorale. Mais de quelle manière ? Comment capter l’opinion publique sur des thèmes complexes ? Et surtout comment apprécier la qualité des programmes ?

Parmi toutes les carences du système de santé, quelles sont celles qui résonnent le plus dans l’esprit des citoyens : prévention, accès aux soins et déserts médicaux, qualité et pertinence, parcours de soins coordonnés, virage ambulatoire et renforcement des soins primaires, relation ville-hôpital et régulation des urgences, attractivité des métiers à l’hôpital et en Ehpad, accès à l’innovation et à des centres experts, errance diagnostique, santé numérique, inégalités de santé, financement suffisant et pérenne ?

De cette liste certes non exclusive, que peut-on tirer comme enseignements pour mobiliser les électeurs dans le but d’apporter des solutions efficaces et durables à ces difficultés anciennes que les gouvernements peinent à résoudre, loi après loi. Ces questions sont diverses, certaines évidentes, d’autres compliquées. Mais cette litanie ne met-elle pas finalement en exergue ce qui manque le plus aujourd’hui à l’organisation de la santé en France : l’accompagnement des patients et citoyens dans le système de santé pour accéder à des soins de qualité et pertinent, adaptés à chacun ; ceux-ci étant guidés et pris en charge par des professionnels de santé respectés et confiants.

Mieux accompagner le citoyen et le patient

Dit ainsi cela peut paraitre simple. C’est en fait d’une effroyable complexité. Mais cet objectif d’un meilleur accompagnement tous azimuts ne devrait-il pas irriguer et structurer les débats sur l’ensemble des réformes, pour les rendre acceptables et efficaces. Et devenir par là-même un engagement fédérateur vis-à-vis des Français, décliné en termes d’organisation. Cela donnerait une meilleure visibilité et une nouvelle et forte impulsion pour conduire les transformations nécessaires et  lever les inerties et freins, le citoyen et le patient étant réellement au centre du dispositif.

Élysée 2022 - APPEL A PROJETS POUR ÉVITER LES URGENCES AUX PERSONNES AGÉES HOSPITALISÉES … EN URGENCE

BrefSanté. 15 octobre 2021. L’appel à projets de l’Agence régionale de santé des Hauts-de-France a l’air banal. C’est en fait tout l’inverse, il est essentiel et capital. La seule question qui vaille, c’est pourquoi en est-on encore là ? C’est l’exemple même de thème concret, utile et surtout structurant qui devrait cadrer les débats de la campagne présidentielle.

L’appel à projets « Parcours d’admissions directes non programmées des personnes âgées » paru au cœur du mois d’aout est surement passé quelque peu inaperçu, sauf dans le Nord mais il concerne tout le territoire. Tant aujourd’hui encore l’hospitalisation non programmée (c’est-à-dire en urgence) est encore trop souvent chaotique via les urgences au détriment de ces patients de 75 ans et plus.

L’objectif de l’ARS HDF est d’encourager les acteurs hospitaliers à proposer des solutions opérationnelles pour :

  • Favoriser l’admission directe du patient âgé au sein des établissements sans passer par les urgences
  • Éviter des hospitalisations complètes par des actions avec les partenaires extérieurs ou par des propositions d’alternatives mieux organisées

On le voit, c’est l’ensemble des professionnels et acteurs au sein d’un territoire qui doivent être impliqués et se coordonner. L’objectif c’est d’éviter à ces patients d’entrer dans un cercle vicieux : pathologie chronique non contrôlée - épisode aigu – urgence – désorientation – aggravation – risque infectieux – retour au domicile impossible -hospitalisation prolongée – dégradation de l’état général, etc. écrivait il y a huit ans le Think Tank Economie santé qui préconisait (déjà) pour ces patients « une nouvelle organisation des soins et une plateforme territoriale de coordination. »

Si, depuis, des progrès ont été accomplis, on est manifestement encore loin du but. La prochaine échéance électorale gagnerait à être l’occasion d’aborder les sujets de santé qui concernent directement les citoyens.

Attention l’appel à projets de l’ARS des Hauts-de-France se termine le 12 novembre.

Élysée 2022 - LE NOUVEAU CREDO DE LA COUR DES COMPTES « GAGNER EN EFFICIENCE OU RÉDUIRE LES DROITS » BUTE SUR UN ECUEIL MAJEUR

BrefSanté. 8 octobre 2021. Dans son dernier rapport sur la Sécu avant les élections présidentielles, la Cour des comptes propose de fait un vrai programme de réformes de l’organisation des soins en France. L’enjeu est simple : « gagner en efficience ou réduire les droits. »

La Cour comme à son habitude n’est pas avare en recommandations tout en déplorant qu’au cours de la précédente décennie les restructurations de fond n’aient pas suffisamment accompagné les mesures financières. L’ampleur des déficits présents et à venir impose, à ses yeux, une accélération et un renouveau des réformes devant s’inscrire dans un retour à l’équilibre.

En premier lieu est concernée la mécanique de régulation, et en particulier l’Ondam, l’objectif national de dépenses d’assurance maladie. Il doit être pluriannuel et surtout plus cohérent en répondant aux orientations de la stratégie nationale de santé qui n’a toujours pas de cadrage financier : pertinence et qualité des prises en charge, soins gradués, accès pour tous à des soins de premier niveau, lien ville-hôpital, etc.

Responsabiliser les "offreurs de soins"

Ensuite la Cour propose de responsabiliser davantage les professionnels de santé. Des inadéquations persistent entre l’offre sanitaire, les besoins de nos concitoyens et la qualité des soins juge-t-elle. Des rentes de situation se maintiennent. « Dans un système de santé fortement décentralisé et déterminé par l’offre, la maitrise des dépenses implique une responsabilisation accrue des offreurs de soins en ville comme à l’hôpital. » Ainsi propose-t-elle que la rémunération forfaitaire des professionnels de santé libéraux en fonction d’objectifs de santé publique soit rénovée et renforcée. Idem pour les établissements de santé via le dispositif d’incitation financière à l’amélioration de la qualité. L’idée est de donner intérêt à agir.

L’Assurance maladie est également ciblée. Elle devrait davantage promouvoir les référentiels de bonne pratique pour les parcours de soins. De même que les ARS dont la Cour souhaite accroitre les pouvoirs pour faciliter les réallocations entre offreurs de soins en région.

D’autres mesures sont détaillées comme la télésanté qui devrait être davantage utilisée pour la coordination des soignants ; le renforcement de la régulation des dépenses de biologie médicale pour mieux maitriser les volumes ; la prescription électronique ou encore la relance et l’accélération des chantiers de réforme du financement des soins de suite et réadaptation, des soins de psychiatrie, de l’accueil des personnes âgées dépendantes et des personnes handicapées.

Mise à zéro des compteurs et augmentation des recettes

Mais, face à ce credo musclé de la Cour des comptes, un écueil majeur persiste sur lequel se sont déjà fracassées nombre de réformes.  Ces « progrès indispensables » n’empêcheront pas des « déficits permanents » au cours de la décennie actuelle (15 Md€ par an pour l’assurance maladie) et donc la dette sociale de croitre, comme le reconnait la Cour qui se retourne vers le parlement : « une trajectoire de retour à l’équilibre devra être construite en ensuite respectée. » Facile à dire. On a vu les effets délétères à l’hôpital du plan triennal 2015-2017 associé à des baisses de tarif. C’est à la représentation nationale qu’il reviendra de débattre de la performance de notre système de sécurité sociale au regard des ressources qui lui sont affectées estime-t-elle. Or sans apurement de la dette liée au Covid par l’État et une augmentation des recettes de l’Assurance maladie par exemple via une ponction d’une partie des 17 milliards d’euros que récolte chaque année la CADES, il sera vain d’essayer de mobiliser et responsabiliser les « offreurs de soins » face à un retour à l’équilibre plus qu’hypothétique et désespérant. C’est à ce prix préalable et ce langage de vérité – mise à zéro des compteurs et augmentation des recettes - que le prochain quinquennat sera en mesure de « renforcer l’efficience et de ne pas réduire les droits. »

LA SÉCURITÉ SOCIALE. Rapport sur l’application des lois de financement de la Sécurité sociale. La Cour des comptes. Octobre 2021

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