Capacités stratégiques du système de santé, enfin une mutation de notre modèle ?

Tout le monde, ou presque, s’accorde sur la nécessité d’un changement de notre système de santé, à bout de souffle. Une dynamique est en marche et on peut saluer les efforts entrepris (investissements, innovation…). Il n’en reste pas moins qu’ils sont exclusivement concentrés sur le soin et la capacité stratégique à soigner. Or cette capacité, qui a longtemps dominé notre modèle de santé, est aujourd’hui dépassée par une autre : la capacité à limiter l’apparition des maladies non transmissibles.

Les 4 capacités stratégiques de notre système de santé

Historiquement, les politiques de santé se sont concentrées sur le curatif, enjeu stratégique le plus prépondérant pendant des siècles : détecter et soigner la maladie. Mais trois autres capacités stratégiques ont toujours co-existé avec elle. Notre système de santé est ainsi basé sur :

  1. La capacité à soigner : capacités matérielles et humaines à détecter et prendre en charge la maladie… qui concerne toutes les organisations (les structures et établissements de soins comme l’exercice libéral) et les différents métiers.
  2. La capacité à organiser le virage domiciliaire : maintien du contact social pour les personnes âgées ou les publics fragiles ou précaires, suivi des patients chroniques pour éviter la rupture des soins comme ce fut le cas lors des deux premiers confinements en début de crise COVID, maintien des soins en cas de crise sanitaire ou en fin de vie...
  3. La capacité à prévenir les maladies ou leur propagation : vaccination, gestes barrières, comportements hygiéno-diététiques… en faisant adhérer rapidement et efficacement la population mais aussi en informant de façon fiable, ciblée et adaptée…
  4. La capacité à réduire et limiter les facteurs de risques ainsi que la prévalence et l’incidence des cas graves : sédentarité, stress, alimentation… Aujourd’hui, près de 70 % des décès dans le monde sont liés à des maladies non transmissibles, liées à nos habitudes de vie.

Cette 4e capacité stratégique est désormais tout aussi importante que la première et un changement de notre modèle de santé devient urgent.

Répondre à la transition sanitaire d’ampleur en cours : une urgence

D’ici 2030, trois lames de fond vont accentuer la pression sur le système de santé :

  • L’augmentation des ALD (+ 50 %) et l’augmentation des cas précoces du fait de nos modes de vie,
  • L’arrivée des baby-boomers dans les âges fragiles, avec une augmentation des polypathologies,
  • L’augmentation des épidémies de type COVID19, soulignant le poids conséquent des pathologies chroniques (obésité, diabète…).

Une pression qui pourrait être largement réduite en agissant plus tôt, avant la maladie.

La fin du tout curatif ?

Revoir structurellement notre conception de la santé et de la maladie, de la prévention et du soin sans opposer l’un à l’autre est essentiel. C’est un enjeu économique mais aussi sanitaire et social.

Cela implique de modifier la hiérarchie des capacités stratégiques, de redéfinir les rôles et responsabilités des différents acteurs publics et privés et de distinguer plus clairement professionnels du soins (de la maladie) et professionnels de santé.

Cela implique également de :
- Changer notre notion du parcours de santé : il commence avant la maladie (pour l’éviter) et après (pour éviter qu’elle ne revienne ou se dégrade),
- Proposer une approche intégrative et globale de la santé, avec un plan d’actions sur les facteurs influençant la santé (antécédents, habitudes de vie, environnement…),
- Instaurer un suivi professionnalisé intermédiaire et périphérique aux épisodes aigus, afin de permettre à chacun de s’autonomiser dans la gestion de sa santé tout en étant encadré par des professionnels de la santé,
- Accepter les interventions non médicamenteuses ou l’éducation thérapeutique du patient comme un soin et définir des protocoles « préventifs » à l’instar des protocoles de soins,
- Ne plus limiter le secteur de la santé aux seuls acteurs du soins mais en y intégrant tous les acteurs ayant une influence sur la santé : entreprises, mutuelles, assurances, laboratoires… Tous doivent aujourd’hui proposer, et ils ont commencé à le faire, des approches pour accompagner avant ou après la maladie. Car tous ont une responsabilité sur deux capacités stratégiques du système de santé : prévenir / réduire les facteurs de risque, mais aussi la capacité à amener le suivi à domicile.

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